Ismène entre, et la Nourrice sort chercher du café. Les deux sœurs se retrouvent seules. Ismène avoue qu’elle a « bien réfléchi toute la nuit » : elle est convaincue qu’elles ne peuvent pas enterrer leur frère Polynice, que ce serait de la folie, que Créon les ferait mourir. C’est ici qu’Antigone révèle, de façon détournée mais claire, qu’elle est déjà décidée à accomplir ce geste interdit : « À chacun son rôle. Lui, il doit nous faire mourir, et nous, nous devons aller enterrer notre frère. » Ismène plaide pour la raison, la prudence, le pragmatisme : Créon est le roi, il doit donner l’exemple, il est plus fort qu’elles, la foule tout entière est derrière lui. Elle décrit avec une terreur physique très concrète ce qui les attend — les gardes aux mains sales, la foule qui hue, la mort lente et douloureuse. Antigone, elle, refuse absolument de « comprendre », mot qu’elle exècre depuis l’enfance parce qu’il signifie toujours accepter des compromissions, des interdictions, des renoncements. Elle affirme préférer mourir plutôt que de vivre selon les petites lâchetés quotidiennes qu’impose la survie. Ismène, désemparée, tente une dernière fois de la retenir en évoquant son bonheur possible avec Hémon, sa jeunesse, sa beauté — Antigone nie même être belle, avec une dureté qui trahit son sentiment de déjà n’être plus tout à fait de ce monde. La scène se clôt sur la déclaration désormais irrévocable d’Antigone : « C’est trop tard. Ce matin, quand tu m’as rencontrée, j’en venais » — révélant qu’elle a déjà accompli son geste avant même cette conversation.
