Dans une pièce nue où on l’a enfermée en attendant l’exécution, Antigone se retrouve seule avec le premier garde resté en faction. Ce dialogue, l’un des plus poignants de la pièce, est traversé par un contraste terrible entre la banalité bavarde du garde — qui parle longuement de son grade, de sa solde, de la rivalité entre gardes et sergents, sujets dérisoires face à l’imminence de la mort — et le désarroi grandissant d’Antigone, qui réalise soudain sa solitude absolue et sa peur physique de mourir. Elle lui demande de transmettre une lettre après sa mort et, n’ayant pas de quoi écrire, la lui dicte directement sur son carnet, contre la promesse d’un anneau en or. Cette dictée, hachée par les interruptions terre-à-terre du garde (« vous allez trop vite », « il faut le temps quand même »), est bouleversante : Antigone y confie à Hémon qu’elle a voulu mourir sans plus très bien savoir pourquoi, que Créon avait peut-être raison, qu’elle a peur, et qu’elle comprend enfin, trop tard, combien il était simple de vivre. Finalement, saisie de honte à l’idée que ces mots intimes soient lus et jugés par d’autres, elle demande au garde de tout effacer et de ne laisser qu’un seul mot : « Pardon. » Les autres gardes reviennent l’interrompre avant qu’elle n’ait pu préciser à qui la lettre était destinée ; le premier garde, gêné, empoche discrètement la bague et range le carnet. Antigone, avec un pauvre sourire résigné, se laisse emmener sans un mot.
