Les personnages de La boîte à merveilles d’Ahmed Sefrioui
La boîte à merveilles met en scène une galerie de personnages qui gravitent tous autour de Sidi Mohamed, le narrateur, et de sa mère Lalla Zoubida. Ils se répartissent en trois cercles : la famille proche, les voisines et amies de Dar Chouafa, et les figures rencontrées au fil du récit (le Msid, le souk, les visiteurs).
Les personnages principaux
Sidi Mohamed est le narrateur et le héros du roman. Enfant unique âgé de six ans au début du récit, il est un garçon rêveur, sensible et profondément seul, qui trouve refuge dans son imagination et dans sa boîte à merveilles, une petite boîte en fer où il accumule des objets sans valeur marchande mais chargés de sens pour lui (un cabochon de verre, des boutons, des clous…). Il fréquente le Msid, l’école coranique du Fqih, et observe le monde des adultes avec un mélange de candeur et de lucidité. C’est un narrateur adulte qui se souvient de son enfance, ce qui donne au roman sa tonalité autobiographique.
Lalla Zoubida est la mère de Sidi Mohamed. Femme au foyer, pieuse, superstitieuse et bavarde, elle occupe une grande partie du récit par ses disputes de voisinage, ses visites aux sanctuaires, son attachement viscéral à son fils et son inquiétude permanente pour l’honneur et la stabilité de son foyer. Elle incarne la condition des femmes marocaines de l’époque, cantonnées à l’espace domestique, et dont l’unique horizon de sociabilité est le bain maure, les sanctuaires et les visites entre voisines.
Maâlem Abdeslam est le père de Sidi Mohamed, tisserand de son état. Homme calme, travailleur et pieux, il tente sa chance dans le commerce des Haïks et des bijoux pour améliorer la condition de sa famille, avec des résultats mitigés (il perd tout son capital lors d’une vente aux enchères et doit partir travailler loin, près de Fès, pendant un mois). Sa relation avec son fils est tendre mais discrète, typique de l’autorité paternelle de l’époque.
Les voisines et amies de Dar Chouafa
Lalla Kanza, dite « la chouafa », est la voyante qui donne son nom à la maison où vit la famille (Dar Chouafa). Elle habite au rez-de-chaussée et pratique des rites de divination et d’exorcisme pour ses clientes, moyennant rémunération. C’est la tante de Zineb. Le roman la présente avec un mélange de respect craintif et de scepticisme : Lalla Zoubida, par méfiance et par économie, refuse de la consulter malgré sa proximité.
Rahma est une voisine de Dar Chouafa, épouse de Driss El Aouad et mère de Zineb. Elle est du genre affirmé et bavard, souvent en désaccord ou en dispute avec Lalla Zoubida, mais aussi solidaire dans les moments difficiles.
Zineb est la petite fille de Driss El Aouad et Rahma, camarade de jeu de Sidi Mohamed. Elle possède un chat que le narrateur déteste, ce qui donne lieu à plusieurs scènes comiques ou tendues (le chat griffe Sidi Mohamed, vole sa chainette…).
Fatma Bziouya est une autre voisine, qui vit au même étage que la famille. Elle est mariée à Mohamed, un jardinier. Présence discrète mais constante, elle partage les repas et les nouvelles avec Lalla Zoubida.
Driss El Aouad est un ami proche du père, fabricant de charrues, du même âge que lui. Leur amitié virile contraste avec l’univers essentiellement féminin du reste du récit ; c’est avec lui que Maâlem Abdeslam commente les nouvelles du quartier, notamment le remariage puis le divorce de Moulay Larbi.
Le cercle de Lalla Aicha
Lalla Aicha est la meilleure amie de Lalla Zoubida, une ancienne voisine qui vit désormais à Zenqat Hejjama, dans une situation plus modeste. Les deux femmes se rendent visite très régulièrement, partagent leurs peines et leurs joies, et se soutiennent dans l’adversité. Le malheur conjugal de Lalla Aicha (son mari envisage de prendre une seconde épouse, puis l’épouse effectivement avant de divorcer) occupe une large partie de la seconde moitié du roman.
Moulay Larbi est le mari de Lalla Aicha, un homme prospère financièrement (bien qu’escroqué une fois par son associé Abdelkader) mais malheureux de ne pas avoir d’enfant. Il épouse en secondes noces la fille du coiffeur Abderrahmane, un mariage tumultueux qui se termine par un divorce.
Salama est une marieuse professionnelle, reconnaissable à sa voix d’homme et à sa carrure imposante. C’est elle qui a arrangé le second mariage de Moulay Larbi, et c’est elle qui vient raconter à Lalla Zoubida et Lalla Aicha les rebondissements de cette union orageuse.
Zhor est une voisine qui complète le récit de Salama en apportant des détails supplémentaires sur la mésentente et le divorce de Moulay Larbi et de la fille du coiffeur.
Les figures du Msid et du quartier
Le Fqih est le maître de l’école coranique (le Msid) où Sidi Mohamed apprend à réciter le Coran. Personnage autoritaire et redouté, il inflige des châtiments corporels avec sa baguette de cognassier, mais se montre aussi, à l’occasion, satisfait et même chaleureux envers son jeune élève.
Sidi El Arafi est un voyant aveugle, réputé et respecté, que Lalla Zoubida et Lalla Aicha vont consulter en secret pour les aider à traverser leurs épreuves. Sa cécité, sa sagesse et le panier d’objets qu’il utilise pour ses prédictions (qui rappellent à Sidi Mohamed sa propre boîte à merveilles) en font une figure marquante du roman.
Abderrahmane le coiffeur tient boutique dans le quartier ; c’est chez lui que Sidi Mohamed et son père se rendent avant l’Achoura pour se raser la tête. Il est aussi, indirectement, le père de la jeune femme que Moulay Larbi épouse puis répudie.
Sidi Mohamed Ben Taher est un autre coiffeur du quartier, dont la mort soudaine (chapitre 5) bouleverse Sidi Mohamed et lui inspire un cauchemar terrifiant.
Allal El Yacoubi est un jeune élève du Msid, envoyé par le Fqih vers la fin du roman pour prendre des nouvelles de la santé de Sidi Mohamed.
Hammoussa (de son vrai nom Azzouz Berrada) est le plus petit élève de l’école, ami de Sidi Mohamed, avec qui il participe aux préparatifs de la fête de l’Achoura.
Driss le teigneux est un homme de confiance de la famille, fidèle et dévoué, qui se charge des courses et des commissions pendant l’absence du père parti travailler près de Fès.
Abdallah l’épicier est un personnage secondaire dont les récits et les histoires racontées à la boutique provoquent une vive polémique dans le quartier, allant jusqu’à une bagarre entre deux clients, Abdenbi et Lahbib.
